Comment concevoir les plans d’un meuble : l’exemple de mon rangement sous le four

Avec le blog, j’espère t’avoir convaincu(e) qu’on pouvait fabriquer assez facilement ses propres meubles. Mais quand j’en parle dans mon entourage, j’entends souvent « oui, c’est facile d’assembler des planches, mais je ne sais pas comment les assembler pour que ça donne un meuble ». Je te propose donc aujourd’hui de suivre les étapes de conception de mon dernier meuble : un caisson de rangement sous mon four.

1. L’inspiration

Tout commence par le moment où on se dit « ce serait super si j’avais une fausse cheminée / une table basse / un coffre à linge / un caisson de rangement sous le four, pour enfin accéder facilement aux grilles et sous-plats, et pour pouvoir ouvrir la porte du four même quand le plan de travail est occupé». Bon, j’avoue, l’idée de génie vient en fait du Chéri qui m’entendait pester en cuisine. Toujours est-il que la conception d’un meuble commence par l’identification du besoin auquel il répondra. Pour info, oui, je considère que la décoration est un besoin :-D

2. La liste des contraintes

Mon caisson de rangement doit répondre aux contraintes suivantes :

dimensions : plus grand que la base du four, mais ne doit pas dépasser du plan de travail. Il doit être suffisamment haut pour y stocker les accessoires (grilles de cuisson, sous-plats, maniques), mais pas trop pour que l’intérieur du four reste accessible.
solidité : il doit pouvoir supporter le poids du four, résister à la chaleur qui en émane, et résister au nettoyage avec un détergent.
esthétique : il sera très visible dans la cuisine, donc être assorti aux meubles existants.

Le caisson de rangement est assorti aux façades de la cuisine

Le résultat respecte bien les contraintes

3. L’utilisation sous toutes les coutures

Imaginons que le caisson est fabriqué : comment sera-t-il le plus pratique à utiliser ?  Avec un système de tiroir ou de porte ? Avec ou poignée ou une ouverture « Push to Open » ?

La réponse me semble maintenant évidente, mais :
_ ma première idée a été d’en faire un tiroir : le stockage aurait été facile d’accès, mais il aurait fallu libérer le plan de travail pour l’ouvrir. Mauvais plan !
_ ma seconde idée a été d’y mettre une porte avec des charnières en bas : ça permet de voir (un peu) le contenu du caisson, mais ça veut dire que la porte s’ouvre en touchant le plan de travail, ce qui empêche d’y mettre une poignée. Un système Push to Open sur une si petite porte, j’ai peur que ce ne soit pas confortable. Future usine à gaz…
_ d’où ma troisième idée : une porte avec des charnières vers le haut, donc pas de problème pour y mettre une poignée, et zéro encombrement du plan de travail. Certes, je perds en visibilité sur le contenu du caisson, mais c’est un moindre mal.

Pour voir le contenu du caisson, il faut se baisser. Pour éviter de me baisser tous les jours, je n'y stocke que mes accessoires essentiels, et je sais où ils sont placés sans même regarder

Pour voir le contenu du caisson, il faut se baisser. Pour éviter de me baisser tous les jours, je n’y stocke que mes accessoires essentiels, et je sais où ils sont placés sans même regarder

4. Le choix du matériau

J’ai consacré tout un article aux avantages et inconvénients des différents matériaux, mais pour résumer mon choix pour ce meuble précis :
_ le bois massif est trop cher pour ce que je veux faire, et pas nécessaire esthétiquement
_ le MDF sera trop délicat à entretenir dans cet environnement humide et gras que je nettoie au détergent
_ le mélaminé est une bonne solution, abordable, esthétique et facile d’entretien.

Mon choix est fait, mais il a une implication technique : pour que l’assemblage des planches soit invisible, je vais devoir utiliser des tourillons (tutoriel la semaine prochaine !).

Source : delarbre.com. Les tourillons, ce sont ces petites tiges de bois qu'on trouve souvent dans les meubles en kit. La seule difficulté, c'est quand on doit percer les trous soi-même...

Source : delarbre.com. Les tourillons, ce sont ces petites tiges de bois qu’on trouve souvent dans les meubles en kit. La seule difficulté, c’est quand on doit percer les trous soi-même…

5. Le plan d’assemblage

Tu l’as surement remarqué, tous mes meubles sont rectangulaires. Leurs proportions varient énormément, mais on en revient toujours à cette forme simple à 6 faces. En revanche, selon les cas j’agence les planches différemment, pour des raisons esthétiques et de solidité.

_ Côté solidité, pour tous mes meubles je vérifie deux choses :

four-solidite-schema

Pour supporter un poids élevé, il vaut mieux que la vis soit orientée dans le même sens que le poids. En revanche, pour un meuble haut de type bibliothèque, il faut veiller à ce que les montants verticaux soient bien rigides.

Mon four pèse plusieurs kilos, la résistance au poids est donc cruciale. En revanche, comme le caisson n’est pas haut du tout, je ne crains pas d’instabilité latérale. Conséquence : pour mon caisson, je choisis la configuration avec l’ovale vert, c’est à dire que la planche du dessus recouvre les planches latérales. (Ca m’évitera aussi d’avoir des jonctions de planches à l’horizontale, ce qui aurait été un piège à poussière assuré)

_ Côté esthétique, la porte sera l’élément le plus important et le plus visible. Je veux donc qu’aucune autre planche n’en dépasse.

La porte (à gauche) recouvre les tranches des planches du dessous et du dessus

La porte (à gauche) recouvre les tranches des planches du dessous et du dessus

Il reste un dernier choix à faire pour la planche arrière :
_ soit elle fait toute la largeur du caisson, on verra donc sa tranche sur les côtés : esthétiquement c’est dommage.
_ soit elle est plus petite que la largeur du caisson pour laisser de la place aux tranches des côtés : c’est plus joli, c’est l’option que je retiens.

6. Les dimensions de chaque planche

Maintenant que je sais comment s’agencent toutes les planches, je vais pouvoir calculer leurs dimensions.
_ Dans mon cas, tout dépend des dimensions de la porte. J’ai choisi d’utiliser une façade de tiroir Ikea, pour respecter l’esthétique de la cuisine. Les dimensions de la façade respectaient mes contraintes (pas trop haut, plus large que le four mais moins que le plan de travail).

Une petite aide visuelle pour mieux repérer les côtés qui ont les même mesures

Une petite aide visuelle pour mieux repérer les côtés qui ont les même mesures

_ Ensuite, pour les planches du dessous et du dessus, leur largeur sera identique à la largeur de la porte. Il me reste donc à choisir la profondeur qu’auront les planches du dessous et du dessus en fonction de mon four et du plan de travail.
_ Puis je calcule les dimensions des 2 côtés :
° En largeur, ils doivent mesurer la même largeur que les planches de dessus et dessous
° En hauteur, ils doivent mesurer (hauteur de la porte) – (épaisseurs des planches de dessus et dessous)
_ Enfin, je calcule les dimensions de la planche arrière :
° la même hauteur que les planches de côtés, à savoir (hauteur de la porte) – (épaisseurs des planches de dessus et dessous)
° en largeur : (la largeur de la porte) – (les épaisseurs des planches de côtés)

Et voilà, grâce à tout ce processus, la fabrication qui a suivi a été un jeu d’enfant ! C’est comme si je venais de concevoir la notice de montage d’un meuble en kit, il n’y avait plus qu’à assembler chaque planche au bon endroit. Le résultat répond parfaitement à mes besoins : stockage des grilles de cuisson et libération du plan de travail.

En ouvrant la porte vers le haut, l'utilisation est plus pratique

C’est un vrai soulagement d’avoir enfin les grilles de cuisson à portée de main !

Même quand le four est ouvert, je peux utiliser le plan de travail

Même quand le four est ouvert, je peux utiliser le plan de travail

Et pour toi, est-ce que c’est simple de concevoir des meubles ? Comment t’y prends-tu ?

7 réflexions au sujet de « Comment concevoir les plans d’un meuble : l’exemple de mon rangement sous le four »

    • Merci ! Effectivement, les meubles en kit sont plutôt simples à fabriquer soi-même, par contre ça doit prendre du temps de fabriquer tous les caissons d’une cuisine, d’autant plus pour choisir et positionner correctement toutes les pièces de quincaillerie (charnières, amortisseurs, coulisses de tiroirs, pieds de caisson, etc.). J’avoue que quand on a une cuisine pas trop tarabiscotée, c’est un gros gain de temps d’installer des caissons pour lesquels tout a déjà été pensé et pré-percé.

  1. Bonjour
    Merci pour tes tutos !
    Peux tu me dire quel type de charnieres tu as utilisé, elles ont l’avantage de rester en position haute ?
    Merci
    Julien

    • Bonjour Julien, il s’agit de charnières invisibles à visser (on les voit mieux dans l’article sur le cache-compteur). Les miennes viennent de chez Leroy Merlin (ce modèle), mais d’autres magasins en vendent. Je confirme qu’elles restent en position haute, c’est le même type de charnières que pour des meubles de cuisine.

  2. Bonjour,

    Moi ce qui m’épate c’est la finition, peux tu expliquer comment tu fait pour avoir des chants d’une telle netteté avec les bords légèrement arrondi ?

    merci ;))))

    • En fait c’est le chant d’origine ! J’ai acheté ces « planches » chez Ikea, dans le coin des bonnes affaires, à un moment où ils destockaient toutes leurs vieilles cuisines d’exposition. Donc ces planches sont des joues de finition de cuisine, avec les jolis chants qui vont bien :-D

      Sinon, sur des planches d’aggloméré classiques, en appliquant du chant thermocollant, on peut avoir un résultat très propre en ponçant doucement le surplus. L’installateur de ma cuisine a utilisé cette méthode pour finir un plan de travail, et c’est aussi propre que si le chant avait été posé en usine.

  3. Joli !!!
    Tu expliques super bien la résistance au poids Vs résistance au cisaillement. :D
    J’ai déjà utilisé les colles à appliquer au pistolet (comme le joint de silicone) pour faire un sur-élévateur pour mon écran PC et planquer le clavier en dessous. Cela marche très bien et ça colle d’enfer (faut juste retirer le surplus sur les bords tout de suite). C’est peut-être une solution alternative aux tourillons, non ? (j’aime pas percer, je suis jamais droit :P )

    NicK.

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