Déléguer ses travaux, où comment en voir de toutes les couleurs

Récemment, j’ai passé 3 mois éprouvants : j’avais une cuisine et une salle de bain à rénover (les murs, les sols, les carrelages, la plomberie et tout le reste). Je me doutais bien que ce serait au-dessus de mes forces et de mes compétences de le faire moi-même, et je pensais donc me faciliter la vie en faisant appel à des professionnels. Naïve innocence ! Soit vous savez ce que c’est, et venez en rire avec moi, soit vous vous apprêtez à confier vos travaux, et venez vous préparer à ce qui pourrait vous attendre !

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Etape 1 : le doute

Quand on décide de faire faire ses travaux, il faut choisir à qui on va faire appel, et c’est le premier moment de stress des travaux. 

Là, j’avais besoin de plusieurs corps de métier et j’étais pressée, mais avec un budget limité (13 000 euros pour les deux pièces, c’est une grosse somme pour moi, mais pas pour ce genre de travaux). 

J’avais conscience qu’il aurait fallu que je demande des devis à des entrepreneurs multi-métiers, voire à des artisans indépendants que j’aurais coordonnés moi-même. Mais je n’avais pas le temps de multiplier les rendez-vous, donc j’ai décidé de faire appel au service « pose » d’un grand magasin de bricolage. Spoiler : ce n’était pas un mauvais choix, mais ce n’était pas reposant non plus.

Etape 2 : la panique

Quand on passe par ce service pose, ça démarre vite (un artisan vient sur place faire un relevé technique, qui déterminera le prix de la main d’œuvre et les besoins en matériels), mais ça peut ralentir très vite aussi. Il faut donc anticiper l’étape suivante, qui est d’avoir choisi tous les produits pour pouvoir passer la commande rapidement. C’est donc là que je me suis retrouvée écrasée par la responsabilité de faire des choix esthétiques, en l’espace de deux semaines, conditionnés par la disponibilité des produits en magasin, qui allaient durer au moins 25 ans (le carrelage mural d’une salle de bain, ça ne se change pas sur un coup de tête, et non la peinture par-dessus ne sera pas envisageable).

Etape 3 : le soulagement

Mon astuce pour faire des choix esthétiques, c’est de préparer des « planches d’inspiration » (un fichier powerpoint où je place des photos de la pièce existante, un plan de la pièce puis les images des produits que j’envisage d’installer). D’habitude, faire cela me permet de formuler les questions sur lesquelles j’hésite, puis de tenter plusieurs scénarios, puis d’arriver assez naturellement à une décision. Sauf que là, non, rien. Et puis je me suis souvenue de Laure Mestre, qui commente régulièrement mes articles, et qui est décoratrice professionnelle (avec un blog super et des réalisations qui correspondent au style que je recherche). J’ai donc demandé à Laure si elle était capable de réaliser une prestation de conseil à distance pour moi « en urgence », et, chance, elle a accepté et m’a envoyé ses recommandations en l’espace d’une semaine. C’était déjà un soulagement de lui avoir délégué les recherches, et ça a été une oasis d’enthousiasme quand j’ai sélectionné les références définitives parmi ses propositions. Spoiler : faire appel à Laure a été le meilleur choix de tout ce projet, et la dépense la mieux employée aussi (quelques centaines d’euros dans un projet à 14 000 euros, car oui le budget a été dépassé, pour des choix esthétiques qui dureront 25 ans).

Etape 4 : la frustration 

J’étais sur les starting blocks pour passer commande et que le chantier soit programmé le plus tôt possible. Il faut savoir que le magasin a pour politique que vous ne puissiez pas téléphoner à votre vendeur, vous ne pourrez que laisser un message au standard et vous ronger les ongles en attendant de savoir si le message a été transmis. Donc à chaque fois que vous avez besoin de les relancer, il vaut mieux se déplacer en magasin.

Là, lancez la musique de Benny Hill :

_ le poseur n’a jamais envoyé son devis à notre magasin (2 semaines de perdues, plusieurs visites en magasin)

_ on a dû faire déplacer un nouveau poseur (et donc nous libérer à nouveau)

_ quand le magasin a enfin reçu et traité le devis, on ne pouvait pas passer commande car le vendeur du magasin qui avait initié notre dossier était en vacances. (nous on voulait bien n’importe quel vendeur, mais non hein, notre temps est moins important que la commission du vendeur original !)

_ quand le vendeur a enfin finalisé le plan de la cuisine, il a fallu attendre plusieurs jours d’avoir la validation du poseur, et revenir une énième fois en magasin passer la commande

_ ça fait donc une dizaine de fois qu’on s’est déplacés en magasin : je dois mentionner le moment où l’imprimante n’arrive pas à imprimer le bon de commande, puis celui où le bon de commande ne passe pas en caisse ? 

_ mais si je vous dit que les livreurs nous ont ensuite posé un lapin ?

_ ah non, pardon, ils nous ont aussi posé un deuxième lapin !

_ après avoir commencé à installer la cuisine, le poseur nous a annoncé qu’il manquait des fileurs, qui n’ont tout simplement jamais été mis sur le bon de commande : le chantier a été arrêté le temps qu’on puisse aller en acheter en magasin, qui bien sur n’étaient pas en stock et qu’il a fallu commander et revenir chercher, parce qu’on n’était pas à un déplacement près.

Etape 5 : la négociation

Le chantier commence enfin, et la grande leçon c’est qu’il faut y être tous les jours (on le savait), et se préparer quand même à des défauts (je ne le savais pas).

Au premier jour de chantier, on briefe le patron des artisans (car projet multi-métiers). A ma grande surprise, il nous annonce qu’il ne carrèlera pas un pan de mur, alors qu’on l’avait demandé lors du relevé technique. « Non mais vous voyez bien que vu le relief, là et là, ce n’est pas possible ». On serre les dents intérieurement, on garde le sourire, et on arrive à convaincre son collègue que si, c’est possible (« Ah, comme vous êtes doué ! »). Autant vous dire que quand l’artisan nous dit qu’il manque des baguettes de finition, de la colle à carrelage (ça aurait été dommage de prendre des mesures pendant le relevé technique) et qu’il vaudrait mieux changer de modèle de WC, on ne fait pas les malins et on se déplace une millième fois en magasin, on ne va pas le contrarier dans son élan de faire un travail correct.

Négociations il y a aussi pour l’emplacement des prises électriques, les modifications de plomberie, etc. mais ça c’est normal pour tous les chantiers. Ca fait juste partie de l’épuisement des travaux, parce qu’il faut y aller tous les jours pour vérifier ce qui a été fait, anticiper ce qui sera fait, et essayer de rectifier tout de suite si c’est possible.

Etape 6 : Déceptions et colères 

Même en passant tous les jours, il y a des choses pour lesquelles : quand c’est posé, c’est trop tard. Un soir, on a découvert qu’ils avaient posé le sol dans la mauvaise direction (quand une décoratrice indique un sens, ce n’est pas pour rien). Pourtant, on en avait discuté clairement avec l’artisan, d’ailleurs ce qu’on lui demandait ne l’arrangeait pas, ça demandait davantage de découpes. Comme c’est surprenant que l’erreur l’arrange !

On s’est aussi rendu compte qu’ils avaient posé la cuisine sans faire les mises aux normes de plomberie et d’électricité prévues dans le devis. Pour la plomberie, ils ont pu le faire après-coup, mais pour l’électricité c’est trop tard. Quand on pensait être enfin débarrassés de ce chantier, on se retrouve donc à lancer une procédure de litige avec le magasin.

Et le pompon, c’est qu’au moment de signer le document de fin de travaux, on découvre qu’ils ont mal positionné le sèche serviette, et que la porte tape dedans. Le chef des artisans ne voit pas le problème, mais nous dit, grand seigneur, qu’il veut bien déplacer le sèche-serviette et qu’il rebouchera les trous dans le carrelage avec du mastic. Deuxième procédure de litige à lancer.

Etape 7 : Résignation

Après quelques jours à me mettre la rate au court bouillon, j’ai bien dû admettre qu’au moins il y avait une salle de bain et une cuisine utilisables et très jolies. Un petit avant-après pour me remonter le moral ? Tout ce qui est beau c’est grâce à Laure (qui s’est adaptée à mes contraintes, notamment les façades de cuisine), et tout ce qui pose problème ce sont les autres (moi y compris) :p

Epilogue :

Les procédures de litige se sont raisonnablement bien passées ; on a obtenu un peu plus de 500 euros de dédommagement. Le magasin nous a proposé de faire revenir les artisans pour corriger les finitions qui pouvaient l’être, mais dans le contexte du reconfinement, on a choisi de laisser tomber plutôt que de faire trainer ce litige encore plusieurs mois. J’aurais clairement préféré ne pas du tout avoir de problèmes à signaler, mais au moins je ne me suis pas sentie totalement abandonnée par le magasin. Je croise juste les doigts pour ne plus avoir de pièce à faire refaire avant un bon bout de temps 😉

Et vous, comment faites-vous quand vous avez des gros travaux à faire faire ?

Et vous, par qui passez-vous pour faire refaire des pièces entières ? Des souvenirs mémorables à raconter ?

8 réflexions au sujet de « Déléguer ses travaux, où comment en voir de toutes les couleurs »

  1. Oh là là, que de compliments !
    Merci beaucoup Laurianne de m’avoir fait confiance. Tu avais parfaitement préparé le travail en amont avec tes planches d’inspiration. Ce fut un plaisir de te guider dans tes choix et je suis bien désolée que la mise en oeuvre t’ait causé tant de déboires… Voyons le côté positif pour tes lecteurs : un récit pétillant !!!
    Bravo pour ces réalisations ! Ces 2 pièces donnent envie d’y passer du temps !
    Laure

  2. J’ai une cuisine à re(?)faire. Juste évier + carrelage.
    Éventuellement poser du carrelage aussi autour de la cuisinière (pas encastrée… erreur ou non ?)
    J’ai pas trop envie car sur Paris, trouver un (des) artisan(s) sérieux c’est le parcours du combattant.

  3. Bravo pour ces travaux, c’est sympa ce petit look rétro.
    Le tarif est élevé mais ça durera des années effectivement. Le rendu est qualitatif.
    Pour la peinture sur carrelage, c’est une solution provisoire qui peut tenir quelques années. Ca ne fait pas aussi joli qu’un carrelage neuf, c’est sûr, mais ça remet au propre. Chez moi deux ans après avoir repeint le carrelage de la salle de bain, ça tient bien, sauf à un endroit où je n’avais pas mis l’apprêt. Je pense que ça restera correct pendant encore au moins 2-3 ans.

    Ton retour d’expérience sur les artisans partenaires d’enseignes de bricolage confirme mon ressenti. J’en étais restée au stade du devis avec eux, mais ils étaient exorbitants, à tel point qu’on s’était fait rembourser la visite de devis par le magasin.
    Le mieux est d’avoir un artisan à qui on fait appel individuellement avec une relation durable (et ne pas trop négocier ses tarifs : donnant-donnant).

    • Oui je suis d’accord avec toi sur absolument tous les points 😉

      Sur ce projet précis on avait des contraintes particulières (peu de temps pour faire les travaux, et quand même quelques grosses modifications d’électricité/plomberie qui nécessitaient de toute façon de changer le carrelage), mais je note précieusement ton retour d’expérience pour la peinture sur carrelage, ça nous sera peut-être utile dans un autre projet.

      Je suis aussi totalement pour une relation donnant-donnant avec des artisans indépendants, mais j’ai aussi eu des mauvaises surprises dans le passé (le peintre qui justifie son devis élevé par ses 30 ans de métier (qui nous avait été recommandé par notre électricien, qui lui était tout à fait sérieux), et qui en fait a sous-traité le travail à un débutant pour un résultat vraiment pas propre…). Et puis il y a notre super plombier qui est surbooké et qui ne nous répond plus… Bravo à toi d’avoir réussi à t’entourer de bons artisans !

  4. Excellente chronique, synthétique et exaltante, on a tout compris (et on compatit) mais on se réjouis de ce beau résultat ! 🙂

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